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Lejarsjasejazz : Olivier Calmel Electro Couac met la claque au Sunside


Olivier Calmel : piano, clavier
Frédéric Eymard : violon alto
Christophe Panzani : saxophone ténor, soprano
Bruno Schorp : contrebasse
Frédéric Delestre :batterie

Invités :
Sébastien Llado : trombone, conques
Xavier Philipps : violoncelle

Pour les ignorants comme moi, il faut savoir que le violon alto, malgré son nom, est plus grand que le violon tout court. Le concert était donné à l’occasion de la sortie du nouvel album «  Electro Couac » d’Olivier Calmel et ses complices.

Introduction au piano romantique, rêveuse. Citation d’ « An Indian’s week » album d’Henri Texier qui a marqué Olivier Calmel. Démarrage du groupe derrière le sax ténor coltranien en diable (sax puissant, méditatif). La fusion se fait petit à petit entre saxophone et violon. Frédéric Eymard met les gaz et emporte tout sur son passage, bien propulsé par la rythmique.

Sax soprano. Une autre ambiance mystérieuse, rêveuse au départ. Puis ça part funky avec la batterie et le pizzicato sur l’alto. Olivier Calmel passe au clavier électrique. Le sax soprano donne un sentiment d’urgence. Son mouillé, funky du clavier. Pulsation de la contrebasse et de la batterie. Le sax soprano sautille par dessus. Le violon alto s’ajoute à la pulsation. Tout se calme avec le retour au piano et cela se finit dans un murmure.

Démarrage d’une ballade par un dialogue piano/contrebasse.  Le batteur amène ses balais. L’alto glisse en patineur souverain. Lui succèdent les petits gémissements du soprano. Puis leurs chants ne font qu’un. Le batteur prend ses baguettes et le tempo s’accélère légèrement avec un petit air d’esprit klezmer. C’était « La générosité n’attend pas ».

Sébastien Llado monte sur scène pour « Travelling Mafate». Retour au sax ténor. Ca glisse, ça grince puis le batteur sonne la charge. Tout le groupe démarre. Le trombone ajoute sa volonté, sa rondeur à l’ensemble. Thème dans l’inspiration d’Henri Texier « An Indian ‘s week », c’est dire si c’est de qualité. Les cordes du piano résonnent avec celles de la contrebasse. Le batteur ajoute ses vibrations. Frédéric Eymard joue de la guitare sur son violon. Il se lance avec son archet virevoltant alors que la rythmique pousse derrière. Passage du relais entre le violon et le trombone. Sébastien Llado chauffe la scène avec un thème impeccable et implacable alors que le piano orne de perles la couronne du trombone. Retour au thème tous ensemble. Ils chauffent le cœur et l’âme.

Arrivé de Xavier Phillips, violoncelliste classique, à la place de Sébastien Llado. Retour au sax soprano. Les cordes s’accordent. Sébastien dit de la salle : «  Ce n’est pas juste. Moi, je ne suis pas accordé. ». Un spectateur sarcastique lui réplique : «  Ca s’est entendu ! ». Démarrage d’un très beau thème d’Olivier Calmel qui vous emmène dans un pays où l’on n’arrive jamais. Intro au piano pour placer l’ambiance. Le métier du virtuose classique s’entend tout de suite : maîtrise technique, beauté du son. Le sax soprano vient élever sa complainte entre les deux archets. Petit break de batterie aux baguettes varié, coloré, comme un lointain descendant de Sonny Greer. Frédéric Delestre relance le groupe. Violon alto puis saxophone soprano entrent dans la danse. Le violoncelle est superbe, majestueux. Au tour de la rythmique de s’amuser sous la conduite du piano. Après le solo de soprano, tout le groupe repart en fusion. La musique s’envole vers des sphères célestes.

Une composition de Roger Calmel pour la naissance de son fils Olivier : «  Prélude des cinq rameaux d’Olivier ». Le saxophoniste quitte la scène. Duo piano/violon alto pour commencer. Le violoncelliste reprend la main. La maîtrise du virtuose classique s’entend alors que la rythmique le seconde merveilleusement. Batterie aux maillets, piano subtilement décalé et la contrebasse qui tient le tout. Belle fusion entre Jazz et musique contemporaine.

PAUSE

Retour sur scène de Sébastien Llado à la place de Xavier Philipps. Saxophone ténor. Olivier lance le thème. Ca balance. Sax ténor et trombone moelleux à souhait. Sax et trombone discutent ferme stimulés par la contrebasse qui masse et la batterie qui claque. Le piano entre dans la danse. Sax et trombone jouent à celui qui grogne, pète le plus fort. Ils reviennent ensemble au thème avec le violon alto en pizzicato. Le violon alto glisse à l’archet alors que la contrebasse et la batterie tiennent le tempo et que le piano lui renvoie la balle . Tous ensemble sur le thème, ça balance et ça danse. Final sec, clair et net.

Le tromboniste s’en va remplacé par le violoncelliste. Suite nommée « Intuitions ». Vagues d’archet entre violon et violoncelle. Le sax soprano se glisse entre eux. Solo de contrebasse. Bruno Schorp triture son instrument. Il passe à l’archet. Piano et batterie le rejoignent en douceur. Le sax ténor claque. Les archets de la contrebasse, du violoncelle, du violon alto se rejoignent. Il ne manque plus qu’un violon pour réunir la famille au complet. Oh là, attention, c’est très beau ! Un de ces moments rares dont je peux dire : j’y étais. Solo total de sax ténor. Le son ondule doucement, chaud, vibrant. Le groupe repart avec le sax soprano. Solo total de violon alto entre le méditatif et le grinçant. Nom de Zeus, Frédéric Eymard fait sonner son 4 cordes comme une flûte ! Ca repart sur un air rapide, aux accents klezmer. Ah, enfin, j’entends bien le violoncelle ! Le son a été amélioré depuis la première partie. Tout le groupe repart sur le thème. Le violoncelliste en soliste est poussé par la rythmique. Le batteur tapote les tambours de ses mains. L’orage gronde.Duo contrebasse/sax ténor plutôt bluesy, côté accentué par les quelques notes posées par le piano. Le virtuose classique déguste un solo de sax ténor purement Jazz avec la rythmique qui pulse d’enfer derrière. C’était « Shadock incandescent ».

« Epistrophe » (clin d’œil à l’Epistrophy de TS Monk ?). Le batteur est aux maillets. Il n’y a plus de saxophone. Dialogue entre cordes. C’est une sorte de valse. Solo du violoncelle avec la rythmique dont le batteur est aux balais. C’est romantique en diable mais pas pathétique. Au tour de la rythmique d’improviser. La musique est coloriée, variée, changeant, émouvant. Bref elle est d’Olivier Calmel et Cie.

Retour de Christophe Panzani sur scène. Il prend le soprano pour un morceau qui coule comme une source d’eau vive. Duo piano (dans les graves)/sax soprano puis la rythmique repart. Pur moment de Jazz, dans la veine de Wayne Shorter. Superbes descente et vacarme finals.

«  Le Hongrois déraille » (ou «  des rails » comme l’auditeur l’entend). Ce morceau n’a pas de contenu politique précise le compositeur. Pourtant, comme le dit l’Onorevole Giulio Andreotti : «  En politique, il y a deux sortes de fous. Ceux qui se prennent pour Napoléon et ceux qui veulent réformer les chemins de fer ». Sébastien Llado monte sur scène avec ses conques. Il fait des bruitages parallèles au sax soprano. Morceau sous influence est européenne (Bojan Zulfikarpasic n’est pas loin). C’est énergique, dansant. Au duo conques/violoncelle en pizzicato viennent s’ajouter le batteur aux balais et des percussions sur le piano. Olivier Calmel trifouille les cordes de son piano. Sébastien souffle dans deux petites conques en même temps. Contrebasse et violoncelle sont en symbiose. Solo du violoncelliste qui a repris son archet alors que Sébastien percute ses conques. La batterie est aux maillets et la contrebasse impulse doucement. Tout le savoir faire du virtuose classique se met au service de la folie du Jazz contemporain. Mélange inouï et éblouissant.Tout le groupe repart. Dieux que c’est bon ! Son saturé, coltranien du soprano. Alto et violoncelle bataillent. La rythmique met le feu.

C’est sur ce feu d’artifice musical collectif que s’est clos la deuxième partie du concert d’Olivier Calmel et Cie. J’avais école le lendemain et à 0h30 le métropolitain ne va pas tarder à fermer. C’est pourquoi j’ai manqué la 3e partie. Ce groupe est trop rare sur scène sûrement par la faute de programmateurs pusillanimes qui ne savent où le classer entre le Jazz, l’électro, la musique contemporaine dont Olivier Calmel est un fils direct (celui de Roger). Grâces soient rendues au Sunside d’avoir organisé cette rencontre de « l’Electro Couac » Quintet d’Olivier Calmel avec deux virtuoses, le Fou (Sébastien Llado) et le Sage (Xavier Philipps). La salle était pleine et le public ravi. C'est dire s'ils méritent de se produire sur scène.

Guillaume Lagrée >> accéder à l'article
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